Cesar Boetius van Everdingen (1617) "La Joueuse de Cistre"

Cesar Boetius van Everdingen (1617) "La Joueuse de Cistre"

A cetera : le cistre corse

Instrument très populaire dans l’Europe du XVI et XVII siècle, le cistre tombe en désuétude dans la première partie du XVIII siècle.
Il reste en usage au Portugal pour accompagner le fado, ainsi que dans une haute vallée d’alpage de la Suisse Allemande. En Corse, son usage disparaît au début du XX siècle.

Après cette interruption du jeu de l’instrument, la cetera retrouve vie grâce aux travaux de recherche de la coopérative la C.O.R.S.I.C.A.D.A et l’association
"E Voce di u Cumune" de Pigna. Ces recherches, effectuées au début des années 1970, ont abouti à la découverte d’une douzaine d’instruments d’époques différents, en plus ou moins bon état de conservation.

La cetera est un instrument à cordes pincées, de la famille du cistre.˝Cetera˝ est sa traduction en langue corse. Sa caisse est à fond plat et piriforme, sa large touche est supportée par un manche plus étroit, caractéristique des cistres et reçoit 18 frettes. Elle a 8 cordes métalliques doublées à l’unisson, pour les trois premiers chœurs et à l’octave pour les cinq autres chœurs. Plusieurs accords pour la Cetera sont possibles, ils ont pu être établis grâce au manuscrit de tablatures de Stefano Alegrini d’Aregnu, datant de 1720, conservé au couvent de Marcassu, I Cateri.

  • Accord de la cetera du grave vers l’aigu : 
    Do – Ré – Mib – Fa – Sol – Sol – Ré – Sol. C’est le premier des accords établis.
  •  Accord renaissance : 
    Sol– La– Do – Ré  – La– Sol– Ré  – Mi. De cet accord, les 4 premiers chœurs(La – Sol – Ré – Mi) correspondent a l’accord du cistre renaissance.

Aujourd’hui la Cetera Corse et le Cistre traditionnel connaissent un véritable regain d’intérêt. Ils sont de nouveaux fabriqués et plébiscités par des musiciens en quête de nouvelles sonorités, d'aujourd'hui et d'hier.

Historique du cistre

Dans son histoire, le Cistre semble avoir connu deux périodes de prédilection. Il apparaît aux alentours du VI siècle, mais il ne devient un instrument populaire en l'Europe qu'à partir du XIII siècle, à la Renaissance.

Étymologiquement, les mots Cistre, Guitare et Cithare, avec leurs variantes linguistiques, proviennent du grec Kithara. Il semblerait que le Cistre eut été créé pour faire revivre la Kithara classique en fonction des attentes de cette époque.

Durant sa première période de popularité, du début du XVI à la moitié du XVII siècle, le Cistre va acquérir ses caractéristiques essentielles, que l'on retrouve encore de nos jours. Cette époque voit une pratique du Cistre proche de celle du Luth. Les amateurs le pratiquent assidûment et les recueils mis à leur disposition sont riches et variés.

Vers le milieu du XVII, sans raison apparente, le Cistre est délaissé et son usage s'amenuise. Ce n'est qu'aux alentours de 1770 qu'il refait surface. Là, c'est un véritable engouement du public, il devient à la mode. Pour répondre à la demande, les compositeurs vont rivaliser d'imagination, au point que la production en perdra de sa qualité.

Un facteur imagine même d'y adapter une petite table mécanique de pianoforte et de petits marteaux actionnés par l'intermédiaire d'un clavier. Mais cette évolution ne fera que nuire au Cistre qui voit sont désintérêt croître à nouveau dès 1800.

Toutefois, il restera pratiqué dans certaines régions du monde. Guitara Au Portugal, pour le Fado. Halszither En Suisse vallée du Toggenburg et en Corse, sous le nom de Cetera,

Organologie 

Le Cistre est un instrument à cordes pincées qui se joue au plectre en bec de plume. Sa caisse est piriforme et à fond plat. Les cistres les plus anciens possédaient une structure monoxyle, c'est-à-dire fait d'une seule pièce de bois. Mais par la suite, leur construction s'aligna sur ceux des autres instruments à cordes, soit par assemblage et collage des différentes parties.

La table d'harmonie est en résineux : le plus couramment, l’ épicéa. La touche comporte quinze à vingt barrettes de laiton ou d’os, marquant les demi-tons.
Le chevillier ne fait qu'un avec le manche. Le dessous du manche comporte une petite gorge permettant les glissements rapides du pouce, donc facilitant la dextérité de la main gauche et autorisant des changements de positions rapides.
Le dos du chevillier est très souvent orné d'une grotesque, recourbée vers l'avant, permettant la suspension de l'instrument. 

Le chevalet est mobile. Les cordes sont en acier et en laiton. Elles s'accrochent à la lisière inférieure de la caisse. La division du frettage des cistres du XVI et XVII siècle est diatonique et non tempéré surtout sur le cistre Français, et chromatique sur le cistre Italien et Anglais.

Tous les grands luthiers du XVI et du XVII siècle ont construits des cistres : 
G. da Salò, G. Campi, G. Virchi, John Rose, N. Amati…
De nombreux compositeur on écrits pour lui : John Dowland, Adrian Le Roy, Anthony Holborne, Paolo Virchi.  On le retrouve aussi dans de nombreuses orchestrations : Orfeo de C. Monteverdi, Battalia de Heinrich Von Biber.